Doctorante (INALCO) : Littérature kurde
(2021)

Contact

Directrice de thèse : Ursula Baumgardt ( INALCO, Plidam)
Co-direction : Amr Ahmed (INALCO, CeRMI)

École doctorale : ED 265, INALCO
Financement : Contrat doctoral, programme Pause
Titre de thèse : Les articulations entre la littérature orale et écrite en kurde

Problématique et résumé
En contexte colonial mais souvent également postcolonial, la domination économique et politique mise en place va de pair avec une forte domination culturelle. C’est le cas, entre autres, des « langues locales », interdites et de ce fait non enseignées. Le seul moyen d’assurer leur transmission est de les pratiquer, en contexte d’oralité, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles un rôle particulièrement important revient à la littérature orale. Cette dernière offre la possibilité non seulement de transmettre les langues, mais également celle d’exprimer des valeurs culturelles centrales et de résister au moins partiellement à la domination culturelle.
Cette réalité complexe a suscité de nombreuses recherches africanistes (Calvet 1974, Derive 1986, Derive et Baumgardt 2008, ELLAF) qui s’inscrivent dans les études postcoloniales. Elles élaborent des approches innovantes et approfondissent la compréhension des enjeux méthodologiques et théoriques de l’oralité. Ces travaux constituent un cadre conceptuel riche et pertinent pour l’analyse de la problématique de la thèse.
En effet, le kurde se trouve précisément dans une situation de domination culturelle : interdite, la langue n’a pas été enseignée et ne l’est toujours pas à quelques exceptions près (voir infra). Dispersées dans plusieurs pays, les populations kurdophones ont fortement investi la littérature orale. Celle-ci est très riche, mais peu connue de la recherche. Elle coexiste avec une écriture littéraire classique complétée par une littérature contemporaine dynamique.
Les deux champs littéraires, se différenciant du point de vue des modalités d’expression en oralité et scripturalité, possèdent chacun sa spécificité et doivent être analysés dans une perspective non hiérarchisante, en déconstruisant les présupposés idéologiques d’une soi-disante « supériorité » de l’écriture sur l’oralité. Car à travers leurs articulations complexes, leurs différences, leurs convergences et leur complémentarité, elles constituent une littérature qui, comme toute littérature, joue un rôle fondamental dans l’expression de la culture, que ce soit sur le plan individuel, social ou spirituel. Cette littérature exprime des représentations culturelles et des visions du monde, elle intervient dans la formation et le développement de l’identité culturelle collective et individuelle. Tout en définissant ainsi le « soi » faisant partie du « nous culturel », elle joue un rôle prépondérant pour exprimer les perceptions de l’altérité (Baumgardt 2008).
Les enjeux sont majeurs :
La thèse sera la première analyse de la littérature kurde qui dépasse les habituelles subdivisions, souvent non argumentées, en aires géographiques et en modalités d’expression. Celles-ci entraînent une méconnaissance de la littérature kurde dans son ensemble, en en donnent une vision éclatée et morcelée et en sous estiment son importance qui est pourtant considérable : elle est essentielle pour la cohésion et l’identité culturelle kurde exprimées et soutenues par le dynamisme de la littérature.
Les enjeux théoriques rejoignent la discussion sur une approche non-hiérarchisant des expressions littéraires. En effet, l’oralité n’est pas « absence d’écriture ». L’intégration de cette définition est la condition pour une réelle compréhension de la production du sens : elle prend en compte la réception qui varie en fonction de la relation du producteur à son public, définie différemment selon le contexte de communication (Baumgardt Derive 2008, Bornand et Leguy 2013). La circulation des textes et l’analyse des liens intertextuels, essentielle pour une compréhension fine des représentations culturelles est complétée par le recours à la sémiotique textuelle. Elle participe des études postcoloniales et s’inscrit dans une approche pluridisciplinaire en tenant compte de la complexité, de l’ampleur et de la spécificité du projet : focalisée sur l’oralité, la thèse y associe la littérature écrite contemporaine en kurde, de même que la comparaison thématique des représentations culturelles de l’identité et de l’altérité en tenant compte l’incidence des modalités d’expression littéraire sur les contenus. Cette approche permet l’identification et la compréhension des représentations, de même que la déconstruction de clichés éventuels pouvant agir dans la communication interculturelle. En situation de domination et de conflits sociaux et politiques ce travail peut aider à déconstruire les formes d’hégémonie et de domination culturelle à l’œuvre, tout en précisant les modalités de résistances propres aux « voix » littéraires. À ce niveau, la littérature devient une force culturelle agissante.

Cursus universitaire
• 2006-2007 : Master 2 en Lettres modernes : littérature et linguistique françaises et latines (Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III)
• 2002-2003 : Diplôme de traduction et d’arabisation (faculté des lettres et sciences humaines, département de la langue française – Université d’Alep, Syrie)
• 2001-2002 : Diplôme d’études littéraires supérieures  (faculté des lettres et sciences humaines, département de la langue française – Université d’Alep, Syrie)
• 1997-2001 : Licence en littérature française  (faculté des lettres et sciences humaines, département de la langue française – Université d’Alep, Syrie)

Activités de recherche et d’enseignement
• 2003-2006 : Enseignante de français et d’arabe (écoles privées et publiques); Cours particuliers de grammaire, d’étude et de commentaire des textes littéraires, d’expression écrite et orale (Alep, Syrie)
• 2019-2021 : Responsable du bureau des relations internationales (Université de Rojava, Qamishlo, Syrie)