Les séances se tiendront en présentiel :
INalCO, 65 rue des Grands Moulins, Paris XIIIe

Séminaire pluridisciplinaire
Organisateurs : Amr Ahmed (INALCO, CeRMI), Sandra Aube (CNRS, CeRMI), Samra Azarnouche (EPHE PSL, CeRMI)

Le séminaire mensuel de recherche « Société, politiques et cultures du monde iranien », organisé par l’UMR 8041 Centre de Recherche sur le Monde Iranien (CNRS – Sorbonne nouvelle – INaLCO – EPHE), présente les recherches récentes sur l’Iran et le monde iranien, de l’Antiquité à nos jours, selon une approche « aire culturelle » et dans une perspective pluridisciplinaire (linguistique et philologie, littérature, histoire, histoire de religions, histoire de l’art, sciences sociales…). Il fait intervenir les membres de l’unité de recherche (chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants) mais aussi des invités venant d’autres institutions universitaires en France et à l’étranger. Le séminaire est conçu comme un lieu d’échanges et de débats, et aborde les problématiques en articulation avec les cinq axes de recherche développés au sein du CeRMI: Produire, écrire, échanger; Les communautés religieuses: textes, traditions et identités; Etats, territoires et sociétés contemporaines; Littératures et création littéraire; Langues et linguistique. Le séminaire s’adresse aux doctorants et chercheurs travaillant sur l’aire culturelle iranienne, et il est également ouvert aux étudiants de Master et plus largement à tout public intéressé par ces thématiques de recherche.



Programme en format PDF


Mardi 18 octobre 2022, salle 3.15 (17h-19h)

Valentina Bruccoleri (Université Ca’ Foscari de Venise)
Au-delà de la collection d’Ardebil : nouvelles perspectives sur la porcelaine chinoise dans le monde iranien

Résumé

La diffusion et la réception de la porcelaine chinoise dans le monde iranien est un sujet encore peu exploré dans toute sa complexité. Si plusieurs études se sont intéressées aux échanges entre le monde chinois et le monde iranien, ainsi qu’au rôle particulier joué par la céramique dans ces échanges, de nombreuses zones d’ombre peuvent être encore identifiées.
La majestueuse collection d’Ardebil, conservée en grande partie au musée national d’Iran à Téhéran, constitue le témoignage le plus important de la présence de porcelaine chinoise en Iran. Pour cette raison, elle a longtemps constitué le principal centre d’intérêt des études sur ce sujet. En particulier, l’œuvre magistrale sur cette collection, menée par John A. Pope dans les années 1950, est considérée encore aujourd’hui comme une référence dans ce domaine.
Pourtant, les dynamiques de diffusion de la porcelaine chinoise dans le monde iranien ne se limitent pas à la constitution de cette collection. Les côtes iraniennes du golfe Persique ont mis au jour un grand nombre de tessons de céramique chinoise, offrant un aperçu du commerce de ces objets par voie maritime. Moins explorés, les territoires d’Asie Centrale (Ouzbékistan, Turkménistan, sud du Kazakhstan, nord de l’Afghanistan) ont pourtant révélé des preuves archéologiques de la diffusion de porcelaines chinoises à travers les routes terrestres. Les sources textuelles anciennes, chinoises ou persanes, ainsi que certaines sources visuelles, viennent soutenir ces découvertes et apportent de nouveaux éléments au tableau des échanges sino-iraniens à l’époque pré-moderne.
Cette conférence explorera, à travers le résultat d’études de terrain menées en Ouzbékistan dans le cadre de recherches doctorales, la circulation et la réception de porcelaines chinoises d’époques Yuan (1271-1368) et Ming (1368-1644) sur les routes terrestres de l’espace eurasien.

Orientations bibliographiques

  • Allsen, Thomas T. Culture and conquest in Mongol Eurasia, Cambridge, Cambridge University Press, 2001.
  • Carswell, John. Blue & White. Chinese Porcelain around the World, Londres, British Museum Press, 2000.
  • Kadoi, Yuka. « From Acquisition to Display: the Reception of Chinese Ceramics in the Pre- modern Persian world », Persian Art. Image-Making in Eurasia, Yuka Kadoi (dir.), Édimbourg, Edinburgh University Press, 2018, p. 60-77.
  • Pope, John Alexander. Chinese Porcelain from the Ardebil Shrine, Washington, Smithsonian Institution, 1956.

Jeudi 17 novembre 2022, salle 5.28 (17h-19h)

Viola Allegranzi (Institute of Iranian Studies, Austrian Academy of Sciences)
Les gunbads de Chisht-i Sharif : nouvelles perspectives sur un site méconnu et sur l’histoire des Ghourides en Afghanistan (mi-XIIe – début XIIIe siècle)

Résumé

Chisht-i Sharif (aussi connu comme Khwāja Chisht, ou, simplement, Chisht) est un village situé sur la rive nord du Hari Rud, à environ 140 km à l’est de Hérat, en Afghanistan. Dans ce lieu, le maître sufi Abū Isḥāq Shāmī (m. 328/940) aurait fondé la Chishtiyya, une confrérie qui prit son essor en Inde à partir du XIIIe siècle. Le site est aussi connu pour la présence de deux structures à coupole (gunbads) en brique cuite, datant de l’époque du sultanat ghouride (544-612/1149-1215). Bien que tombés en ruine dès l’époque des premières prospections au XXe siècle, ces monuments révèlent les traces d’un riche décor architectural en brique cuite et en stuc, et de plusieurs inscriptions en arabe et en persan, de styles et de contenus variés. La fonction originelle des deux gunbads reste incertaine : si leur forme s’apparente à celle des mausolées à coupole répandus dans la région, les enquêtes de terrain et les photos aériennes suggèrent qu’ils faisaient partie d’un même complexe architectural, jamais investigué archéologiquement.
Les deux monuments sont mentionnés dans nombre d’ouvrages consacrés à l’architecture islamique et leurs inscriptions ont été en partie publiées. Cependant, plusieurs questions restent ouvertes et certaines sources utiles à leur étude n’ont pas été pleinement exploitées jusqu’à présent. Dans cette communication, nous allons analyser dans une perspective comparative le décor architectural et, en particulier, les inscriptions des deux gunbads. Une révision globale de leur programme épigraphique, y compris le déchiffrement de plusieurs textes inédits, a été rendu possible grâce à l’étude des photos prises par Josephine Powell vers 1960. La présence de plusieurs versions de la titulature du sultan ghouride Ghiyāth al-Dīn Muḥammad b. Sām (r. 558-599/1163-1203), de passages coraniques et formules religieuses liées aux pratiques rituelles, ainsi que le caractère très ornemental des styles graphiques font des inscriptions des Chisht-i Sharif un témoignage majeur sur la tradition épigraphique de l’Iran pré-mongol. En nous appuyant sur les comparaisons avec d’autres monuments ghourides — parmi lesquels le célèbre minaret de Jam, situé à une courte distance du site — ainsi que sur les informations dérivées des sources manuscrites et des monnaies, nous offrirons des perspectives nouvelles sur la chronologie et la fonction originelle des monuments, et, plus largement, sur l’histoire des Ghourides dans la région.

Orientation Bibliographique

  • Blair, Sheila S.. « The Madrasa at Zuzan: Islamic Architecture in Eastern Iran on the Eve of the Mongol Invasions », Muqarnas 3, 1985, p. 75-91.
  • Flood, F. Barry. « Ghurid monuments and Muslim identities: Epigraphy and Exegesis in Twelfth-century Afghanistan », Indian Economic and Social History Review 42/3, 2005, p. 263-294.
  • Le Berre, Marc. « Chisht » in Warwick Ball (en collaboration avec Jean-Claude Gardin), Archaeological Gazetteer of Afghanistan: Catalogue des sites archéologiques d’Afghanistan. Paris: Recherche sur les civilisations, 1982, vol. 1, p. 76, no 212.
  • Maricq, André & Wiet, Gaston. Le Minaret de Djam : La découverte de la capitale des Sultans Ghorides (XIIe–XIIIe siècles). Paris: C. Klincksieck, 1959.
  • Patel, Alka. Iran to India. The Shansabānīs of Afghanistan, c. 1145-1190. Edinburgh: Edinburgh University Press, 2021.
  • Powell, Josephine. « Josephine Powell photographic archive (1951-1975) », Harvard University Library, Fine Art Special Collections (AKP187): http://id.lib.harvard.edu/alma/990119685550203941/catalog.

Jeudi 15 décembre 2022, salle 5.28 (17h-19h)

Alberto Bernard (École Pratique des Hautes Études – PSL/CeRMI)
« Passe-moi le sel » : serments et diplomatie chez les rois sassanides

Résumé
Les pratiques du serment dans l’Iran ancien nous sont encore mal connues et une étude dédiée à ses aspects sociaux et religieux fait encore partie des desiderata des études iraniennes. Chez les historiens tardo-antiques tels que Procope (Guerres 1.4.9-10), ps-P’awstos (Histoires épiques 4.53) et ps-Sebēos (Histoire des Arméniens 11, 12, 39, 40), on trouve une allusion remarquable au fait que des rois sassanides comme Šābuhr II (iiie s.), Pērōz (ve s.) ou Kawād II Šīrōe (viie s.) prêtaient serment en « scellant du sel ». S’agit-il ici d’une fiction des sources littéraires ou d’une réalité historique ? En analysant ce dossier jusqu’à présent négligé et en mobilisant de nombreux témoignages sur la symbolique du sel dans le monde iranien, je propose d’y voir le reflet d’une pratique communicative royale, qui prenait sa forme dans la diplomatie interétatique et servait à garantir non seulement l’engagement du roi mais aussi l’immunité de la contrepartie. À cet effet, le sel était employé comme gage symbolique de bonne foi, d’hospitalité et d’amitié.

Orientation Bibliographique

  • N.G. Garsoïan, « Armenian Sources on Sasanian Administration », in R. Gyselen (éd.), Sources pour l’histoire et la géographie du monde iranien, 224-710, Bures-sur-Yvette, 2009, p. 91–114.
  • M.K. Patkanian, « Essai d’une histoire de la dynastie des Sassanides, d’après les renseignements fournis par les historiens arméniens », in Journal Asiatique, 7 (1866), p. 101–238.
  • E. Nechaeva, Embassies – Negotiations – Gifts : Systems of East Roman Diplomacy in Late Antiquity, Stuttgart, 2014.

Jeudi 26 janvier 2023, salle 3.15 (17h-19h)

Meryem Sebti (Centre Jean Pépin, UMR 8230)
Des récits philosophiques de Sohravardi à la poésie de Saadi : l’influence de la doctrine avicennienne de l’imagination

Résumé
Avicenne a conçu une doctrine de la perception sensible, laquelle porte une doctrine de l’imagination novatrice, qui va marquer durablement l’histoire intellectuelle du monde musulman. En effet, le philosophe établit que la sensation ne devient réellement perception que lorsque la forme issue de la sensation s’imprime dans le premier des sens internes, le sens commun. Cette doctrine a une conséquence épistémologique importante : la chose imaginée et la chose perçue en provenance du monde extérieur ont la même réalité, la même qualité de présence, pour le sujet de la perception. Ainsi, la vision de l’halluciné ou du fou, ou encore celle du prophète ont une réalité, une densité ontologique, semblable à celle de la perception par l’homme sain du monde extérieur. Par ailleurs, l’imagination est en contact avec « le monde de l’invisible » (‘ālam al-ghayb) dont elle reconfigure les visions obtenues par un processus de mimesis.
Cette doctrine de l’imagination va exercer une influence importante non seulement sur un philosophe tel Shihāb al-Dīn Suhrawardī (1155-1191) mais aussi sur un poète comme Saadi (1210-1291/92). Suhrawardī, en partant de la doctrine avicennienne, va, dans son ouvrage Ḥikmat al-Ishrāq, établir l’existence d’un nouveau monde situé entre le monde des réalités intelligibles et le monde physique. Il dénomme ce monde « le monde des images suspendues » (ʿālam al-muthul al-muʿallaqa) ou le monde des « images pures » (al-ashḥâb al-mujarrada). Ce qui était chez Avicenne une doctrine psychologique devient une doctrine ontologique. C’est dans ce monde des images suspendues que la résurrection a lieu. Entre ce monde des réalités suspendues et notre monde, ou plutôt notre imagination, un échange fécond s’institue qui rend raison, entre autres, de la capacité de l’imagination humaine à forger des figures extraordinaires et chimériques.
Nous étudierons aussi comment la doctrine élaborée par Avicenne influence la démarche poétique de Saadi. Ainsi, dans certains ghazal, Saadi examine l’apparition de l’image forgée en imagination par l’aimé et la compare avec la mémoire d’un événement qui a réellement eu lieu. Cette distinction entre, d’une part, l’image forgée par l’imagination et d’autre part, la réalité d’un événement donné trouve son origine dans la doctrine avicennienne des sens internes. D’autres ghazals, par l’usage qu’ils font de termes tels « khayāl », « musavvar », « fikr », « bā dīda bar dāshtan », « ẓann » permettent de montrer le lien direct avec la théorie avicennienne de la perception et de l’imagination ainsi que l’a montré Domenico Ingenito. Nous verrons, en prenant appui sur quelques ghazals, comment cette doctrine sous-tend la conception du souvenir telle que la conçoit le poète.

Orientations bibliographiques

  • Meryem Sebti, « Le statut ontologique de l’image dans la doctrine avicennienne de la perception », Arabic Sciences and Philosophy, 2005, p. 109-140.
  • Fazlur Rahman, « Dream, Imagination and ‘ālam al-mithāl », Islamic Studies, vol. 3, juin 1964, p. 167-180.
  • Roxanne Marcotte, « Suhrawardī’s Realm of the Imaginal », Ishraq: Islamic Philosophy Yearbook, 2011, p. 68-79.
  • Nicolai Sinai, « Al-Suhrawardī on Mirror Vision and Suspended Images (Muthul Mu‘allaqa) », Arabic Sciences and Philosophy, vol. 25, 2015, p. 279-297.
  • Lambertus W. C. Van Lit, The World of Image in Islamic Philosophy. Ibn Sīnā, Suhrawardī, Shahrazrī, and Beyond, Edinburgh University Press, Edinburgh, 2018.
  • Domenico Ingenito, Beholding Beauty. Sa‛di of Shiraz and the Aesthetics of Desire in Medieval Persian Poetry, Brill Studies in Middle Eastern Literatures, Leyde, 2020.

Jeudi 2 mars 2023, salle 3.15 (17h-19h)

Francis Richard (BULAC)
Le roi et sa cour dans l’iconographie des manuscrits du Shāhnāme

Résumé

Orientations bibliographiques


Jeudi 16 mars 2023, salle 3.15 (17h-19h)

Estelle Amy de la Bretèque (Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, UMR 7186)
Pratiques religieuses des Yézidis en Europe

Résumé

Orientations bibliographiques


Jeudi 13 avril 2023, salle 3.15 (17h-19h)

Jaroslava Obrtelovà (Uppsala University, Department of Linguistics and Philology)
Linguistic means for expressing epistemic stance and perspective shifts in the Wakhi language

Résumé

Orientations bibliographiques


Jeudi 11 mai 2023, salle 3.15 (17h-19h)

Rostislav Oreshko (Orient et Méditerranée, UMR 8761/Center for Hellenic Studies, Harvard University)
Les Perses en Anatolie : trois études épigraphiques sur la Lycie, la Lydie et la Phrygie

Résumé

Orientations bibliographiques


Jeudi 15 juin 2023, salle 3.15 (17h-19h)

Nina Soleymani-Majd (Sorbonne Nouvelle)
Récits de voyageuses britanniques en pays bakhtiyāri (xixe-xxe siècle)

Résumé

Orientations bibliographiques