Depuis 1999, une Journée Monde Iranien est organisée par le CeRMI (ex-Monde iranien, UMR7528) à l’occasion du nouvel an iranien. Cet événement a la vocation de rassembler à la fois le milieu des spécialistes et étudiants de nos disciplines et le public plus large s’intéressant aux problématiques de recherche aréale. La journée est consacrée à la présentation par les membres du CeRMI et leurs invités de l’actualité de la recherche sur le monde iranien.


XXIIe Journée Monde Iranien
Sarkis Katchadourian, Shah Tahmasp recevant Homayun (détail), 1934, Paris.
Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Vendredi 12 mars 2021 – 09:30-18:00
En Visioconférence (inscription obligatoire)

Organisation et contact : Sandra Aube (CNRS, CeRMI – UMR 8041)

Cette XXIIe édition (initialement prévue le 27 mars 2020 et reportée en raison de la situation sanitaire mondiale au 12 mars 2021) accueillera des conférenciers – membres du CeRMI et leurs invités – représentants des différents champs disciplinaires, qui présenteront leurs nouvelles recherches en sciences sociales, histoire et histoire de l’art, littérature ou linguistique de l’aire iranienne.

Programme de la journée

  • 9h30   Introduction, Maria Szuppe, directrice du Centre de Recherche sur le Monde Iranien – CeRMI

Première session
Modération : Julie Duvigneau (maîtresse de conférences, INaLCO/CeRMI)

  • 09h45 – Amr Ahmed (maître de conférences, INaLCO/CeRMI)
    Le Mahdīnāmah kurde : poésie classique ou populaire ?

Composé en 1762 de l’ère commune, le poème apocalyptique de Muhammad Ibn ul-Haj, le Mahdīnāmah, est le plus ancien écrit connu en langue kurde sorani. En raison de certaines caractéristiques évocatrices de la poésie populaire, le célèbre historien de la littérature kurde Mārif Khaznadār considère le Mahdīnāmah comme la simple transcription d’un poème populaire. Ce faisant, il retient l’explication traditionnelle qui date du grand poète Nalî (1800-1856) les origines de la poésie sorani classique. Cette présentation permettra de montrer qu’en dépit de certains traits populaires, le Mahdīnāmah doit être reconnu comme relevant de la poésie sorani classique à part entière.

  • 10h15 – Leila Koochakzadeh (chargée de cours, INaLCO)
    Une garden party au Baharestan : transformation, sécularisation et modernisation des pratiques associatives en Iran (début XXe s.)

À la fin du XIXe siècle, se développe à partir d’initiatives privées un important mouvement de fondations d’écoles, dites « nouvelles » (madāres-e jadīd) censées délivrer un enseignement moderne et accessible à tous, notamment aux enfants issus des classes défavorisées. L’action des fondateurs d’école se veut philanthropique et cherche à pallier les déficiences éducatives du pays, aucun véritable système éducatif d’État n’existant alors en Iran. Cette action s’inscrit d’abord dans le cadre de la charité islamique traditionnelle, mais ces fondateurs d’écoles réformateurs, parfois structurés en associations, vont progressivement investir le modèle occidental de la philanthropie sécularisée et humaniste. Dans cette communication, nous entendons étudier les évolutions des pratiques de bienfaisance, et la réappropriation en Iran du phénomène associatif philanthropique occidental, à travers le cas du mouvement de fondation d’écoles nouvelles au tournant du XXe siècle.

  • 10h45  Discussion, suivie d’une pause

Deuxième session
Modération : Oliver Bast (professeur, Sorbonne Nouvelle – Paris 3/CeRMI)

  • 11h30 – Bernard Hourcade (directeur de recherche émérite, CNRS, CeRMI)
    Une analyse géographique des élections présidentielles en Iran (1980-2017)

Les résultats des élections présidentielles sont incertains, contestés et parfois incohérents, mais l’analyse géographique à l’échelle des shahrestān révèle une géographie politique de l’Iran jusqu’ici peu visible. L’Atlas des élections présidentielles publié par CartOrient montre l’interaction entre l’histoire, les cultures ethniques, les dynamiques sociales, l’urbanisation et les idéologies.

  • 12h00 – Julien Thorez (chargé de recherche, CNRS, CeRMI)
    La mise en scène des « premiers présidents » au Kazakhstan et en Ouzbékistan : comment célèbre-t-on Nursultan Nazarbaev et Islam Karimov, les « pères » de la nation ?

Au moment de leur indépendance, en 1991, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont respectivement vu Nursultan Nazarbaev et Islam Karimov être élus aux fonctions de président de république et ainsi conserver le pouvoir auquel ils avaient accédé à la fin de la période soviétique. Le président de l’Ouzbékistan s’est maintenu à la tête de l’État jusqu’à son décès en 2016, celui du Kazakhstan jusqu’en 2019, date à laquelle il a démissionné tout en conservant un statut spécifique et un rôle central dans le système politique. Cette intervention propose d’analyser les différents dispositifs aujourd’hui mis en œuvre pour célébrer dans l’espace public ces figures présentées comme fondatrices de ces nouveaux Etats-nations-territoires et de réfléchir à leur articulation avec les principales orientations de la politique d’aménagement du territoire qu’ils mènent depuis leur indépendance.

  • 12h30 – Discussion, suivie d’une pause

Troisième session
Modération : Florence Jullien (chargée de recherche, CNRS, CeRMI)

  • 14h00 – Christelle Jullien (chargée de recherche, CNRS, CeRMI)
    TransPerse. Les Actes des martyrs entre Orient et Occident

Les recherches interdisciplinaires conduites sur les Actes des martyrs perses du début du Ve siècle dans le cadre du programme ANR TransPerse souhaitent contribuer à mieux comprendre les processus de transmission de textes produits par les communautés chrétiennes de Perse et très tôt diffusés vers des espaces culturels exogènes – copte, byzantin, caucasien, arabe, éthiopien mais aussi dans l’Occident latin. L’un des enjeux est aussi de croiser la documentation de corpus contemporains et postérieurs, grâce à une base de données ouverte centralisant l’ensemble des documents et inédits sur les quarante premières années du Ve siècle en Perse mise à disposition de la communauté scientifique.

  • 14h30 – Mohammad-Ali Amir-Moezzi (directeur d’études, EPHE/PSL/LEM)
    Quelques réflexions sur Le Coran des historiens

Le Coran des historiens, dirigé par M.A. Amir-Moezzi et G. Dye (3 volumes en 4 tomes, près de 4000 pages, 28 contributeurs, éditions du Cerf, 2019) a été considéré comme un évènement scientifique majeur dans les milieux islamologiques et d’études tardo-antiques. Il comprend un premier volume de plus de 1000 pages sur le contexte historique et culturelle de l’époque qui a vu naître le Coran, la situation des religions monothéistes présentes dans ce milieu et la genèse de ce livre à travers vingt chapitres fondés sur des données textuelles, archéologiques, épigraphiques ou codicologiques. Le volume 2, composé de deux tomes sur près de 3000 pages, est un premier commentaire suivi de la totalité du Coran selon les méthodes historique et philologique présentant la synthèse des recherches depuis le XIXe siècle augmentée des études actuelles. Le Coran y est examiné dans son « état brut », ancré dans les monothéismes antérieurs, en amont de la tradition exégétique musulmane. Le volume trois, près de 400 pages, est entièrement consacré à la bibliographie des études scientifiques sur le Coran.

  • 15h00 – Discussion, suivie d’une pause

Quatrième sessionIn memoriam Firouz Bagherzadeh (1930-2021)
Modération : Sandra Aube (chargée de recherche, CNRS, CeRMI)

  • 16h00 – Yves Porter (professeur, Aix Marseille Université/LA3M/IUF)
    Carreaux au lustre et décors palatiaux ilkhanides (fin XIIIe-début XIVe s.)

Une série de carreaux décorés au lustre métallique, ornés d’une arche trilobée où se déploie un hémistiche du Shâh-nâme, est sensée provenir du palais d’été de l’Ilkhanide Abaqa Khan (r. 1265-1282) à Takht-e Soleymân (Azerbaïdjan iranien). Or, comme l’a dévoilé A.-S. Mélikian-Chirvani, ces carreaux forment en réalité plusieurs frises distinctes, ce qui suggère potentiellement l’existence d’autant de constructions palatiales, dont certaines ne sont connues que par les sources. Sur la base de l’inventaire de tous les carreaux dispersés de par le monde, on proposera quelques sites d’origine possibles pour ces carreaux. Enfin, et dans une perspective plus large, on s’intéressera brièvement à la place de l’épigraphie monumentale dans l’architecture aulique.
Cette recherche s’inscrit par ailleurs dans le cadre du projet IUF Lustres de Kâshân, XIIe-XIVe siècles.

  • 16h30 – Roberta Giunta (professeure, Università degli Studi di Napoli « L’Orientale »)
    Les archives archéologiques de la Mission Italienne en Afghanistan. De l’exploitation des données à leur mise en ligne

La sauvegarde, l’étude et la mise en valeur du patrimoine archéologique de l’Afghanistan a toujours demandé un effort considérable en vue de la difficulté d’opérer dans le pays et des dangers auxquels il est exposé. Les activités conduites à Ghazni par la Mission Archéologique Italienne ont porté sur la découverte des traces matérielles du passé glorieux de la ville à l’époque médiévale et ont permis de constituer des archives qui offrent une source d’information inépuisable. Un co-financement offert par la fondation Gerda Henkel de Düsseldorf et l’Université de Naples « L’Orientale » permet aujourd’hui la création d’une base de données informatisée qui facilite la gestion et la mise à jour de la documentation et assure aux chercheurs un libre accès.

  • 17h00 – Salima Hellal (conservatrice en chef, Musée des Beaux-Arts de Lyon)
    La constitution de la collection des arts de l’Islam du musée des Beaux-arts de Lyon, une histoire singulière

Dans le cadre du projet « L’Islam au palais Saint-Pierre », qui organise l’étude et la publication de la collection des arts de l’Islam du musée (en collaboration avec le CNRS, CeRMI et Sorbonne Université), il s’agira de mettre en lumière le caractère pionnier du musée des Beaux-Arts de Lyon dans la constitution de cette collection au XIXe siècle, grâce au rôle de plusieurs grands collectionneurs. Cette conférence s’attachera notamment à souligner le rôle fondamental de Jean-Baptiste Giraud (1844-1910), conservateur des Objets d’art, collectionneur lui-même et auteur de nombreuses publications scientifiques, dont l’érudition va conduire le musée à constituer la seconde collection d’arts islamiques en France après celle du Louvre. Cette communication permettra également de voir quelles furent les influences de cette vogue « orientalisante » sur la création textile locale (soieries lyonnaises).

  • 17h30 – Discussion